Chapitre 5: Phibie et la grue
L'histoire de comment Phibie a essayé de se débarrasser d'une grue de chantier.
Phibie vivait avec sa famille dans un appartement situé tout en haut de l’immeuble.
De là-haut, on voyait presque toute la ville !
Chaque matin, elle grimpait sur le dossier du canapé et s’installait près de la fenêtre — bien confortablement, sur son petit plaid tout doux. Souvent, elle emportait avec elle ses jouets — le lapin ou le petit hippopotame.
Ensemble, ils observaient le
va-et-vient des passants certains couraient contre la montre,
d’autres flânaient avec leur chien ou filaient à vélo.
Quand Phibie voyait que ses amis sortaient se promener, elle accourait aussitôt vers ses humains et disait :
— Urgent ! Moi aussi, je dois sortir ! Tout de suite !
Et parfois, elle guettait la voiture de papa pour savoir quand il rentrerait à la maison.
Ainsi se déroulaient ses journées joyeuses, jusqu’au matin où quelque chose d’étrange apparut à la fenêtre…
Ce jour-là, Phibounia était allée se promener comme d’habitude.
Elle courait sur la plage, poursuivait les mouettes, mâchouillait des coquillages — rien d’inhabituel.
Puis elle rentra à la maison, maman lui lava les pattes, et Phibie se réinstalla confortablement sur le dossier du canapé, à côté du lapin qui veillait sur l’ordre pendant son absence.
Et là, Phibie vit une énorme chose qu’il n’y avait jamais eu auparavant.
C’était une grue.
Une vraie, immense grue de chantier !
Phibounia n’en croyait pas ses yeux.
— Quoi ?! Mais comment ça ?! — elle n’était absolument pas d’accord avec le fait que quelque chose se construise dans sa cour, et en plus, que la vue sur la ville soit bouchée !
Elle se mit à protester et à aboyer très fort contre la grue pour qu’elle s’en aille quelque part plus loin, mais celle-ci ne l’écouta pas.
En revanche, papa arriva et dit :
— Phibie, arrête de faire du bruit !
Phibie se vexa.
« Comment ça, arrêter de faire du bruit ?
— pensa-t-elle.
— Il y a un monstre dans notre cour, et eux, ils ne font rien ? »
À partir de ce moment-là, Phibie eut une nouvelle mission : surveiller la grue.
Et ce fut de pire en pire. Elle se mit à bouger d’avant en arrière, à tourner, et le soir, elle brillait comme un gigantesque monstre effrayant.
Le lendemain, Phibie réunit ses amis dans la cour.
— Ce n’est pas possible ! — s’indignait-elle.
— Ils vont tout construire ici, et on n’aura plus nulle part où se promener !
— Et si on écrivait une lettre à monsieur le Président ? — proposa Riki, le chien du voisin.
— Nous écrirons l’histoire
d’un paysage offensé et d’un calme rompu. Nous dirons que si
nos yeux souffrent de ce spectacle de béton, le cœur de nos
animaux, lui, tremble au rythme des percussions de la terre.
Une lettre pour témoigner que la beauté n’est pas la seule
victime : la vie fragile qui habite nos maisons l’est tout
autant.
L’idée plut à tout le monde, ils furent ravis.
Cependant Berta perplexe, s’aventura :
— C’est en effet une bonne idée… toutefois, une âme parmi nous saurait-elle manier la plume ? »
Tout le monde se tut. Personne ne savait écrire — avec des pattes, guère pratique !
C’est alors que le chat Antonio prit la parole :
— J’ai une meilleure idée!
— Cette nuit, on grimpe dans la grue et on l’emmène loin d’ici, hors de notre cour !
Pendant une seconde, tout le monde resta silencieux. Puis Phibie dit :
— Génial ! Comme ça, pas besoin d’écrire !
Tout le monde approuva. Et ils décidèrent que puisque le plan venait du chat, ce serait à lui de l’exécuter.
Antonio soupira :
— Pourquoi moi ?
Mais il reconnut qu’un chat escaladant une grue paraissait moins suspect qu’un chien, et il alla se préparer.
Phibie déclara qu’elle assurerait la sécurité.
La nuit tomba.
Quand il fit sombre et que la grue fut vide, le chat commença son opération.
Riki se tenait en bas et surveillait pour que personne n’arrive.
— Dépêche-toi, Antonio ! J’ai l’impression qu’on va se faire repérer
Et le chat, grimpant vers le haut, grommelait :
— Pourquoi ai-je proposé ça, moi ?..
Pendant ce temps, Phibie installa le lapin près de la fenêtre — pour qu’il surveille d’en haut.
Elle simula ensuite un besoin pressant afin qu’on la fasse sortir.
Elle tournait autour de la maison, observant la situation.
Finalement, on la ramena à l’intérieur (malgré ses protestations), et elle observa par la fenêtre aussi longtemps qu’elle put, jusqu’à s’endormir sur son plaid.
Le matin, en se réveillant, Phibie vit que la grue était toujours là !
Plus tard, elle rencontra Riki.
— Alors ? — demanda Phibie.
— Le plan a presque marché,
— répondit-il.
— Antonio est monté tout en haut, et personne ne l’a remarqué ! Mais on n’avait pas prévu qu’il n’avait aucune idée de comment faire fonctionner une grue… Et puis on a cru que quelqu’un arrivait, alors on a pris la fuite. Bref, le plan n’était pas au point.
Phibie soupira profondément.
— Il va falloir qu’on se fasse à cette grue,
— dit Riki avant de repartir se promener.
Mais Phibie, elle, ne baissait pas les pattes.
« Oh non ! — pensa-t-elle.
— On trouvera encore quelque chose ! »
Et elle partit se renseigner pour savoir comment inscrire un chat à des cours de conduite… de grue. bien sûr !